
Et si la RSE s’inspirait du body positivism ?
Une fois n’est pas coutume, c’est la pub qui indique le chemin vertueux. Lassés de la prétendue perfection de corps et visages retouchés à force de Photoshop, effrayés par les conséquences psychologiques sur les esprits rendus malléables par des surdoses de réseaux sociaux pourtant loin de la réalité, des annonceurs responsables et des internautes éclairés ont lancé un mouvement militant pour montrer le corps tel qu’il est. Y compris dans des publicités dont le ressort est la séduction. Ce renversement de la pseudo-valeur jusque-là dominante, la perfection du corps, mais finalement difficile à suivre (un petit tour sur n’importe quelle plage cet été suffira à comprendre la difficulté du défi) est un signal fort de changement de paradigme. Il ne s’agit pas d’installer l’imperfection au rang de qualité mais de militer pour que le réel soit mieux cerné et accepté comme tel.
Du body positivism à la RSE sans fard
De là à enchaîner sur la responsabilité sociétale et environnementale des entreprises, il n’y a qu’un saut de puce à faire. Le body positivism est, au fond, une forme de contestation de la langue de bois dont d’aucuns ont usé sans vergogne, en politique comme en économie. La communication de l’ancien régime n’a eu de cesse de tendre, à des cibles supposées ébahies, des miroirs plus lisses et plus beaux les uns que les autres, montrant en quadrichromie et vidéos léchées les prouesses des entreprises. Les experts en communication sont devenus des maîtres en courbure de l’information, des magiciens de l’interprétation de data plus ou moins big. Gageons que les publics, clients, actionnaires, collaborateurs et partenaires, qui n’ont jamais été vraiment dupes sont désormais demandeurs de plus de réel. La poudre aux yeux n’est plus tendance et l’imperfection sans fard est une qualité. Et c’est ainsi que la RSE devient la voie royale pour les entreprises d’une sorte de coming-out portant sur leurs faiblesses et leurs forces, leurs réussites et leurs difficultés et leur volonté de tendre vers du mieux sans fanfaronner. Les publics cherchent dorénavant moins la performance que l’honnêteté. Le miroir tendu par la communication ne doit plus être déformant. Car c’est à leur capacité à s’accepter faibles que l’on reconnaît les forts. Et qu’on les aime.
Denis Allard
Président de BRIEF




